Allenby Augustin, apôtre de la culture

Allenby Augustin, apôtre de la culture

La culture est une passion qui comme un fil rouge parcourt sa vie. Fort d’une douzaine d’années d’expérience dans ce domaine d’activités, quelques grandes réalisations à la clef, une maîtrise en Management des organisations culturelles en poche, Allenby Augustin est convaincu que la culture peut être un levier de développement du pays, pourvu qu’on l’utilise autrement.

Allenby Augustin, gestionnaire et opérateur culturel #UNE

 

Allenby Augustin ne parle pas de milles choses. Il a toujours la même ritournelle : « C’est le seul secteur que je connais vraiment ». Et ce n’est ni une excuse, ni de la vantardise. Au fil d’une conversation nourrie avec lui, on finira par déceler la modestie et le pragmatisme d’un homme qui maîtrise bien la culture dans sa complexité.

Dans ce domaine d’activités, rien ou presque rien ne lui est étranger. Ici comme ailleurs. Il connaît les acteurs, scrute  les événements, analyse les décisions des gouvernements, pour dégager des réflexions à la fois évocatrices et provocatrices au regard de ce qui se fait au pays. « Aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie d’être un acteur, un musicien, un comédien, un ouvrier de la culture ? »

Rien que soulevées, la question importe plus que les réponses. Il en tire un prétexte pour formuler son diagnostic. « Le secteur culturel haïtien est de plus en plus cloisonné. Chacun évolue dans son propre espace, enfermé dans sa propre bulle. Personne ne se donne la peine de sortir de sa zone de confort pour partir à la rencontre de l’autre et confronter les idées ». Il continue avec une délicatesse d’esprit. « À partir de 1986, avec le retour à la démocratie, le mouvement de Gauche était censée tabler sur la culture pour amener au changement social. Mais au final, elle est instrumentalisée à des fins politiques. Le grand travail de démocratisation de la culture n’a jamais été fait ». «  Et c’est là que nous avons échoué durant ces trente dernières années », tranche-il, sans la moindre agressivité.

Or, pour Allenby Augustin, la culture a la vertu curative d’améliorer l’être humain que nous sommes, de nous permettre d’être tolérants, ouverts. Il le dit haut et fort : la culture est le rempart de la société. En ce sens, l’Etat devrait établir une politique culturelle, orienter et développer la culture -et ses différentes filières- et la rendre accessible à la population. « L’accès au théâtre, aux concerts, aux bibliothèques doit être obligatoire et passer tout d’abord par les écoles. »

Il se revendique comme activiste culturel. Il y a de quoi. Car Allenby Augustin est aussi dans l’action. Pour ne citer brièvement que quelques-uns de ses réalisations, en 2005, il a créé avec des amis la troupe « Actelié théâtre créations » qui a fait des tournées dans des écoles. En 2010, il a cofondé Akoustik Prod, une association dont la mission est de mettre en valeur les traditions culturelles et l’art contemporain. Parallèlement, le jeune homme a enchaîne des postes rémunérés dans le public comme dans le privé : coordonnateur de Harold Courlander-American Corner à FOKAL, manager culturel à l’Institut Haitiano-Americain. Il s’est déjà occupé de la fonction de consultant à la Bibliothèque Nationale d’Haïti et auprès d’une ministre de la culture. Des expériences qui, somme toute, lui ont permis de mieux connaître les institutions et se familiariser avec les rouages d’un secteur si  vaste et parfois difficile à saisir.

Tout frais diplômé d’un Master 2 de l’Université Paris Dauphine, Allenby est rentré au pays à l’été 2016 et cherche à se « rendre utile ». Son envie de changer les choses est palpable. Le gestionnaire et opérateur culturel donne des consultations, élabore des modules de formation, accompagne des organisations locales, dispense des cours à l’Université. Un travail s’inscrit dans la lignée de la médiation culturelle qu’il prône. Présentement, il développe, en collaboration avec de jeunes entrepreneurs culturels, le concept « Nou Pran Lari a ». Le projet veut mettre le projecteur sur les artistes issus des quartiers défavorisés pour tenter de « démasquer toute forme de préjugés vis-à-vis de l’art. »

Mais quel a été le déclic de son engagement dans la culture ? Né en en 1983, aux Cayes, il a grandi au sein d’une famille fervente catholique. Dès l’âge de 14-15 ans, sa mère lui laissait la liberté nécessaire pour accompagner l’historien Dennery Ménélas dans des soirées de poésies en week-end. Le jeune homme faisait le beau diseur en présence de l’écrivain Rodney St-Eloi. D’ici là, son avenir est tout tracé. C’est à Port-au-Prince qu’il aura fait ses premières armes au théâtre professionnel aux côtés de la comédienne et metteuse en scène Paula Clermont Péan, qui restera jusqu’ici sa « seconde mère », son mentor. D’ailleurs tout jeune, Allenby a su choisir ses amis au nombre de ses professeurs avec qui il discute convenablement d’histoire, de littérature, de philosophie. « C’est ce qui a forgé le personnage que je suis aujourd’hui », dit-il fièrement.

Sa modestie, sa patience, sa constance et sa bonne humeur font de lui un personnage à part dans son époque marquée par l’usage ostentatoire des réseaux sociaux. Allenby Augustin est optimiste et a foi dans le futur du pays. Mais sans illusion. «S’il n’y a pas une rupture dans le système dans lequel nous vivons, il n’y a pas de meilleur futur possible ». L’avenir donnera-t-il raison à sa conviction ? « Il y a vraiment une seule chose qui peut rassembler, c’est la culture. J’y crois. Et je continuerai à faire des propositions dans ce sens ».

Obed Lamy
Journaliste at Loop Haiti
Obed Lamy est licencié en Gestion des Affaires et poursuit une formation en Communication Sociale et à l’Université d’État d’Haïti. Journaliste, transfuge du blogging, il porte sur la société un regard lucidement critique avec un intérêt particulier pour l’éducation, les médias, la politique et les actions concrètes.
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